Chez Castelis, nous pensons que le prochain chapitre du logiciel métier se jouera dans sa capacité à prendre en charge un travail, depuis la demande jusqu’à son exécution. Nous appelons « Vertical Harness » le cadre qui permet à l’IA d’accomplir ce travail dans un métier précis, avec ses données, ses règles et ses responsabilités. Cette approche pourrait prolonger le SaaS vertical, puis progressivement lui succéder. À une condition : gagner la confiance des professionnels dans leurs tâches quotidiennes.

Une facture arrive. Pour la traiter, il faut retrouver la commande, consulter le bon de livraison, vérifier les quantités et comprendre un éventuel écart. Plusieurs écrans et quelques échanges plus tard, quelqu’un décide de valider le règlement ou de demander une correction.

Les logiciels facilitent chacune de ces opérations. Le professionnel conserve pourtant la charge de les relier : il cherche, rapproche, interprète et fait avancer le dossier.

L’IA ouvre une autre voie. Une demande comme « Vérifie cette facture et signale les écarts avant validation » peut déclencher ce travail de préparation. Le système rassemble les pièces, compare les informations et soumet les points qui demandent une décision.

Ce déplacement guide notre vision chez Castelis : concevoir des logiciels auxquels un professionnel pourra confier un travail dans un périmètre défini, puis en contrôler le résultat.

Un logiciel qui connaît le métier et les limites de son mandat

Le terme « Vertical Harness » désigne un cadre de travail spécialisé autour de l’IA. « Vertical » renvoie au métier. « Harness » désigne ce qui donne au système les moyens d’agir et encadre son action.

Dans ce cadre, une facture ne se réduit pas à du texte à résumer. Elle renvoie à un fournisseur, à une commande, à des livraisons, à des montants et à une procédure de validation. Une livraison partielle appelle un traitement différent d’une livraison complète. Un écart de quantité demande parfois une vérification sur le terrain.

Le Vertical Harness rassemble cette connaissance, les documents utiles et les opérations autorisées. Il peut choisir les étapes adaptées à la situation, demander une précision et interrompre le traitement lorsqu’une décision dépasse son mandat.

Sa spécialisation permet de déléguer davantage sans demander à chaque utilisateur de configurer un assistant, de lui expliquer les règles et de vérifier chacune de ses initiatives. Le travail de conception consiste précisément à inscrire ces règles dans le fonctionnement du produit.

Du document à la décision, sans perdre le fil

Prenons un devis reçu pour préparer une intervention. Le système en extrait les postes, les quantités et les références. Il conserve un lien avec les passages du document qui justifient ces informations. Le professionnel peut corriger une ligne ; cette correction prévaut ensuite dans la préparation du dossier.

Le document devient ainsi une source de données métier que le logiciel peut exploiter, tout en permettant de revenir à la pièce d’origine.

La suite dépend du besoin : rechercher des références, préparer une sélection de fournitures ou relever une information manquante. Une fiche permet d’examiner un produit ; un tableau facilite la comparaison ; une validation explicite engage l’étape suivante.

La conversation simplifie la demande. Les autres formes d’interface gardent toute leur utilité pour examiner le travail et décider.

Cette continuité compte davantage qu’une réponse brillante. Si un devis change, le système doit travailler sur la bonne version. Si une quantité manque, il doit la demander. Si une personne refuse une proposition, la suite doit tenir compte de ce refus.

Le dernier kilomètre du logiciel

Entre « voici ce que vous pourriez faire » et une opération correctement exécutée, plusieurs questions engagent la confiance : quelle information retenir ? Qui peut décider ? Que faire si le dossier change pendant le traitement ? Comment reprendre après une erreur ?

Nous situons la valeur du Vertical Harness dans ce dernier kilomètre, au moment où la demande produit un effet concret sur le travail.

Préparer une commande, la faire approuver et la transmettre au fournisseur correspondent à trois actes distincts. Le logiciel doit respecter ces frontières. Selon le mandat confié, il pourra réaliser certaines opérations directement et demander un accord pour les autres.

Pour l’entreprise, l’intérêt tient à cette délégation maîtrisée. Pour l’éditeur, l’enjeu touche aussi la relation avec l’utilisateur. Celui-ci confie son besoin au système qui connaît ses dossiers et suit leur progression. Le choix des services mobilisés en arrière-plan peut alors lui importer moins que la qualité du travail rendu.

Pourquoi le Vertical Harness pourrait succéder au SaaS vertical

Le SaaS vertical organise déjà les activités d’un métier. Il rassemble des données, applique des règles et accompagne des processus. Ces acquis lui donnent un point de départ solide pour évoluer vers le Vertical Harness.

La transition pourrait se dérouler progressivement. Le logiciel commence par assister l’utilisateur sur une tâche. Il prend ensuite en charge des enchaînements plus complets. À mesure que les résultats inspirent confiance, le professionnel lui délègue davantage de travail et intervient surtout pour orienter, corriger ou approuver.

L’abonnement pourra subsister. La transformation concerne d’abord la promesse du produit : la valeur se mesurera davantage au travail accompli qu’au nombre de fonctions accessibles. La tarification pourrait suivre cette évolution, à condition de rester compréhensible et prévisible.

Cette trajectoire ne découle pourtant pas automatiquement des progrès de l’IA. Les assistants généralistes pourraient, eux aussi, devenir le point d’entrée du travail et appeler les logiciels métier selon les besoins. Dans ce scénario, le spécialiste fournirait des capacités sans conserver nécessairement la relation directe avec l’utilisateur.

Notre pari porte sur la profondeur métier : un Vertical Harness pourrait conserver cette relation s’il comprend mieux les situations, traite mieux les exceptions et inspire davantage confiance dans l’exécution.

Il devra le démontrer sur une facture litigieuse, un devis incomplet ou une livraison partielle. La préférence des utilisateurs se gagnera dans ces situations ordinaires, où l’expérience du métier fait la différence.

Ce que les entreprises doivent conserver

Les modèles d’IA évolueront. Les entreprises pourront changer de fournisseur selon la qualité, le coût ou les contraintes d’un usage. Leur connaissance du métier doit pouvoir traverser ces changements.

Cette connaissance comprend les règles de validation, les corrections apportées aux documents, les décisions et les cas difficiles rencontrés. Elle comprend aussi les exemples qui permettent de vérifier qu’une nouvelle version du système travaille correctement.

Conserver ces éléments permet d’améliorer le produit sans remettre toute l’expérience acquise entre les mains d’un seul fournisseur de modèles. Les corrections ne rendent pas spontanément une IA meilleure : elles doivent alimenter un travail suivi d’évaluation et d’amélioration.

Cela n’impose pas de déplacer toutes les données. Les pièces peuvent rester dans la gestion documentaire, les commandes dans l’outil de gestion et les contacts dans le logiciel commercial. Le Vertical Harness doit retrouver l’information qui fait autorité et respecter les droits de chacun.

Ce que cette vision change dans l’offre de Castelis

Acteur français du développement logiciel, Castelis entend accompagner cette évolution depuis les processus concrets de ses clients.

Le premier travail consiste à choisir ce que l’on souhaite déléguer. Pour une facture fournisseur, par exemple : collecter les pièces, rapprocher les quantités et préparer les écarts à examiner. Ce périmètre permet de définir un résultat attendu, les décisions humaines et les critères de réussite.

Vient ensuite la conception du logiciel : relier les documents et les données, donner à l’IA accès aux opérations utiles, organiser les validations et prévoir la reprise en cas d’échec. Selon le contexte, nous pouvons développer une application spécialisée ou faire évoluer un logiciel existant par étapes.

L’accompagnement se poursuit dans l’usage. Combien de dossiers aboutissent correctement ? Les utilisateurs doivent-ils reprendre les mêmes erreurs ? Quel délai et quel coût pour un traitement complet ? Ces mesures guident les améliorations et les possibilités de délégation supplémentaires.

Cadrage métier, développement, intégration et suivi du fonctionnement forment ainsi les composantes de notre offre. Leur cohérence permet de passer d’une expérimentation séduisante à un service sur lequel les équipes peuvent compter.

Le Vertical Harness pourrait dessiner la prochaine génération du logiciel métier. Nous voulons contribuer à cette évolution avec une exigence simple : chaque progrès de l’autonomie doit s’accompagner d’un progrès vérifiable dans le travail rendu.

Le point de départ tient dans une question très concrète : quel travail vos équipes souhaitent-elles pouvoir confier au logiciel, et à quelles conditions lui feront-elles confiance ?